Les grands travaux sous l'Empire

Haussmann présidera pendant dix-sept ans de 1853 à 1870 aux énormes changements urbains de la capitale
râce au soutien inconditionnel de Napoléon III. La modernité de Paris voulue par l'Empereur, pour rivaliser avec sa grande rivale de l'époque, Londres devait bientôt aboutir au gigantesque chantier que fut Paris pendant plus de
vingt ans. Ce dernier le soutiendra jusqu'à l'extrême limite de ses forces en 1870. Il faut bien admettre aussi que le bilan de l'empereur aurait été plutôt négatif sans le travail acharné de son préfet. Néanmoins, il n'obtiendra pas le portefeuille de ministre qui lui aurait permis de remodeler la France sur le même modèle que Paris.
 

L'inauguration du boulevard du Prince Eugéne, actuel boulevard Voltaire
 

Pour la première fois sans doute dans l'histoire, sous l'influence de Napoléon III et d'Hausmann, la ville est perçue dans son ensemble, comme un tout, et non plus comme une somme de quartiers, d'îlots et de pâtés de maisons
ui se jouxtent tout en restant hermétiques les uns aux autres.

C'est une des originalités fondamentales de l'urbanisme du Second Empire. On ne se contente plus de rénover quelques îlots ou de créer des quartiers nouveaux comme sous la Monarchie de Juillet. C'est toute la ville qu'on transforme et qu'on unifie.

 

La construction des Halles : le ventre de Paris est concu par l'architecte Victor Baltard

Cet urbanisme se caractérise pas certaines réalisations significatives, écrit Louis Girard dans la Nouvelle Histoire
de Paris. L'avenue haussmannienne d'abord, large et droite, à la pente aplanie, un monument dans sa perspective. Les amples trottoirs sont plantés d'arbres (auparavant seuls les boulevards et les quais avaient cet agrément) ; des immeubles cossus la bordent, longue façade en pierre de taille, à porte cochère, à balcons et à décoration sculptée. De part et d'autre de la grandiose percée, le quartier ancien peut subsister, mais elle prend son plein caractère au sein d'un ensemble neuf dont elle constitue l'axe. La grande place-carrefour, à l'intersection des avenues, est un lieu de convergence propre à devenir un centre commercial. Les gares, les Halles rénovées sont génératrices d'une
norme circulation. Enfin les espaces verts, non seulement les deux bois de Boulogne et de Vincennes mais les
Buttes-Chaumont, les parcs Monceau et Montsouris, sans oublier les squares, sont vite essentiels à la vie des quartiers."

la Gare Saint Lazare et sa gigantesque verrière

Avant l’arrivée du baron, Paris était une ville médiévale aux ruelles étroites, insalubres, louches et mal famés.
Pour remédier à cette situation, il expropria, indemnisa, défonça, abattit et rebâtit sans compter. Parmi les
monuments ou bâtiment qui ont été voués à la démolition nous citerons : La Tour des Hospitaliers de
Saint-Jean-de-Latran, l’église Saint-Benoît, les restes du collège de Cluny, le marché des Innocents, l’hôtel Coligny, de nombreuses églises et chapelles.

Les communes de la Chapelle et de Montmartre, qu’il annexera à Paris, sont alors habitées principalement par une population d’ouvriers et de petits artisans. Haussmann y ouvrira de grandes avenues, au long desquelles seront
édifiés des immeubles plus bourgeois.

Il veut aussi y construire des églises où, pense-t-il, seront prêchées la modération et la patience, dans l’attente des progrès sociaux que suscitera le développement industriel. Car à cette époque, les liens sont étroits entre l’Eglise catholique et le pouvoir.

 



le baron Haussman, réalisateur du Paris moderne

Le plan d'urbanisation adopté par le baron Haussmann (il fut élevé à cette dignité par Napoléon III) est fondé sur
le goût et l'efficacité de la ligne droite, ce que le XVIIe siècle appelait déjà le «culte de l'axe». De grands boulevards
et de larges avenues furent donc percés de la place du Trône (boulevard Voltaire) à l'Étoile, de la gare de l'Est à l'Observatoire (boulevards de Strasbourg, Sébastopol, Saint-Michel). D'autres artères, comme les Grands
Boulevards ouverts sous le règne de Louis XIV, furent considérablement élargies. Construction de nouveaux
édifices (Halles, gares, théâtres) ou aménagement de parcs et jardins (Montsouris, Luxembourg), les travaux du
baron-préfet sont menés à bien, dans un temps record. Haussmann prendra d'ailleurs le soin de faire photographier (entre autres, par Charles Marville) les quartiers du vieux Paris voués à la démolition. Les bois de Vincennes et
de Boulogne font l'objet d'un tracé qui transforme des «espaces verts» à l'état brut en hauts lieux pour la
promenade. Enfin, plusieurs quartiers limitrophes (Auteuil, Passy, Grenelle, Montmartre) qui tenaient encore plus
de la campagne que de la ville sont définitivement rattachés à l'agglomération parisienne. Le Paris du XXe siècle
est, pour l'essentiel, le Paris d'Haussmann.

Le percement des boulevards Sébastopol, Magenta, Arago, Voltaire, Diderot, Cours de Vincennes, Malesherbes,
Saint-Germain. Puis celui des avenues Kléber, Foch, Victor Hugo, Carnot, Niel, Friedland, Iéna, George V. Enfin
les rues de Rivoli (partiellement ouverte avant l’empire), Soufflot, Réaumur, du Quatre-Septembre, de Rennes,
Turbigo, des Ecoles.

Pour la petite histoire, il faut savoir que l’on a reproché à Haussman le coût de ces travaux, environ deux milliards
cent quinze millions. Avant les travaux en 1852 il était récolté par la ville environ cinquante deux millions d’impôts,
en 1869 c’est près de deux cent trente deux millions qui entrent dans les caisses !
Haussmann fit exécuter pour 2,5 milliards de francs de travaux en dix-sept ans avec un budget de 1,1 milliard
(entre 50 et 80 millions de francs par an).

La publication des "Comptes fantastiques d'Haussmann", par Jules Ferry dans les colonnes du journal "Le Temps", révéla au grand public le problème que posait le financement des travaux de Paris. Ce pamphlet était une réponse
au mémoire publié par Haussmann en 1867 et dans lequel le préfet de la Seine tentait de justifier sa politique financière.Selon la théorie des dépenses productives, défendue par Haussmann, où il faut placer en regard des dépenses, les résultats obtenus, il ne faut pas méconnaître que, parallèlement aux dépenses, marche une création
de richesses bien des fois supérieures.

L'Exposition Universelle de 1855 viendra confirmer l'exactitude de la théorie pressentie par Haussmann des
dépenses productives. Plus de cinq millions de visiteurs sont comptabilisés pour cette manifestation, venant de province et d'étranger. Les grands travaux attiraient autant que les produits exposés. La presse internationale,
éblouie par ce début de réalisation, invite les touristes à revenir voir par eux-mêmes leur évolution, ces touristesqui, lors de leur visite à Paris, laissent des millions de recettes qui retombent indirectement dans les caisses de la ville.

L'emprunt est la base du système financier des grands travaux du Second Empire, Haussmann en lancera
plusieurs :
- le premier, en 1855, de 600.000.000 francs,
- le second est approuvé en 1858 de 120.000.000 francs,
- le troisième, en 1865, de 265.000.000 francs,
- le quatrième, de 400.000.000 francs, voté dans un climat d'extrême violence à son encontre en 1869 constituera la fin du "système financier haussmannien", puis sa chute un an après.

Des égouts à Paris

C’est vers 1200 que Philippe Auguste fait paver les rues de Paris et prévoit, en leur milieu, une rigole d’évacuation. Le premier égout souterrain situé rue Montmartre, verra le jour en 1370 sous la tutelle de Jacques Aubriot prévôt de Paris. C’est seulement en 1850 avec l’arrivée du baron Haussmann et de l’ingénieur Eugène Belgrand que se développeront les égouts. En 1878 c’est près de 600 km d’égouts qui auront été construits.

La fin d’un rêve

Tout n’allait pas trop mal jusqu’en 1887 ou le peuple las des pratiques douteuses d’Haussmann pour mener à bien la tâche qu’il s’était fixée commença à demander des comptes. Bien évidemment l’opposition s’en empara. Un débat au Parlement conduira à l’instauration d’un contrôle de son travail, chose qu’il avait toujours soigneusement évité. Juste avant la chute de l’Empire ministre Emile Ollivier obtiendra son renvoi.

Député de la Corse de 1877 à 1881, Haussmann demeurera bonapartiste sous la troisième République. Il décède à Paris en 1891.




 
 
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