Enfance et jeunesse

Enfance et jeunesse

Le fait que ce site ait pu être réalisé sans passion de la part de l'auteur, sans scandale aux yeux des lecteurs éventuels, prouve que le procès de Napoléon III est maintenant venu à revision, si ce n'est à cassation. Le temps a fait son oeuvre, qui n'est pas d'oubli, ni seulement d'apaisement, mais de justice. Pour juger des malédictions qui se sont si longtemps accumulées sur la tête du vaincu de Sedan, il faut invoquer le rouge que la France sentit monter à son front le jour où il rendit son épée pour sauver son armée.
Imaginer aussi ce qu'« était cette plaie saignante de l'Alsace, de la Lorraine arrachées, asservies ». Il faut comprendre, rappeler loyalement tout cela. La bonne foi exige, cependant, que soient redites les paroles de Napoléon III, par quoi il accepte, il réclame les responsabilités d'événements politiques ou militaires, d'actes accomplis par d'autres, en son nom et sans qu'il en soit directement l'artisan. II est le seul responsable ; il se soumet, en attendant que se prononce l'Histoire. « Certaines catastrophes, dit-il, sont si douloureuses pour une nation qu'elle a le droit d'en rejeter, même injustement, toute la faute sur son chef... La plus haute prérogative d'un souverain est d'assumer sur lui seul toutes les responsabilités. »

Etait-il vraiment le fils de son père ?

On s'est posé beaucoup de questions à ce sujet. Les tenants de la filiation légitime ne sont pas encore las de rompre des lances avec ceux de la naissance irrégulière. N'en déplaise aux éplucheurs de ce genre de problèmes, il semble que la chose soit sans grande importance. Qu'il fût Bonaparte ou non, l'essentiel n'est-il pas qu'il ait constamment agi comme s'il l'était, qu'il ait, de l'Empire, tout accepté, tout revendiqué, les gloires et les faiblesses, qu'il se soit, en toutes circonstances, proclamé l'héritier, le continuateur du grand Empereur, et qu'il ait, à la face du monde, fait figure de l'un et de l'autre ?

Hortense, la reine qui chante

Sa mère, Hortense de Beauharnais, était la charmante fille de l'impératrice Joséphine, dont, à défaut de beauté réelle, elle avait la grâce incomparable. Napoléon, alors qu'il n'était encore que Bonaparte, l'avait mariée à son frère Louis, dont il devait, par la suite, faire un roi de Hollande. C'était son frère préféré et elle, la belle-fille qu'il aimait comme si elle eût été de son sang.



Jamais, cependant, union ne fut plus mal assortie : comment auraient pu s'entendre un jaloux, un malade, un hypocondriaque, éternel persécuteur et persécuté, marié à une jeune femme gracieuse, un peu coquette, bien sûr, mais qui ne songeait à faire de mal, ni même de peine, à quiconque, légère comme un oiseau et, comme lui, chantant du matin au soir. Le ménage finit par se disloquer complètement. Louis, après la chute de l'Empire, alla remâcher sa bile en Italie.

La reine Hortense se retira à Arenenberg, en Suisse, au bord du lac de Constance. C'est là qu'elle forma le coeur et l'esprit de son dernier fils qui devait devenir Napoléon III.

Il était né, le 20 avril 1808, à Paris. L'empereur Napoléon avait présidé à son baptême solennel à Fontainebleau, en 1810. C'était le troisième enfant de Louis et d'Hortense. La mort du premier fils, enlevé à quelques mois par le croup, avait meurtri la jeune mère au plus profond. Le second, Napoléon-Louis, le préféré de son père, vivait avec lui une partie de l'année. C'est sur le dernier qu' Hortense reporta toute sa tendresse.

Une famille errante

Après Waterloo, les puissances victorieuses et le gouvernement royal de France avaient mis la famille Bonaparte en interdit absolu ; tous les membres étaient placés sous la surveillance de la haute police et ne pouvait se déplacer sans que toutes les chancelleries d'Europe fussent en émoi. Quant à leur résidence, ce n'était pas une mince affaire que de trouver un pays qui consentît à les recevoir. La Reine Hortense, sous le nom de la Comtesse de Saint Leu, erra longtemps avant de trouver sur les bords du lac de Constance, dans la maison d'Arenenberg, un asile où elle pût élever ses enfants sans avoir la crainte perpétuelle de se voir invitée à passer la frontière.

Louis Napoléon avait alors 7 ans ; toute sa vie, il devait se rappeler ce temps de quiétude où sa mère, son frère, lui-même était tenu en suspicion. Mais il se rapelait aussi la dernière vision qu'il avait eu de son oncle : l'Empereur partait pour la courte campagne qui devait, quelques jours après, finir à Waterloo. Napoléon avait posé la main sur la tête de l'enfant, qui, fondant en larmes s'accrochait à la redingote grise : "Ne partez pas, ne partez pas, ils vont vous faire du mal !". Ce sont là des souvenirs qui ne s'effacent pas. Et s'il avait tenté de les effacer de sa mémoire, sa mère les lui eût rappelés.

On a reproché à cette femme, beaucoup plus sentimentale qu'intéressée, d'avoir éveillé dès l'enfance de son fils des ambitions forcénées, de l'avoir accoutumé à l'idée de l'aventure, si ce n'est à celle du coup d'Etat, de lui avoir sans cesse murmuré à l'oreille des paroles tentatrices : "Tu seras roi, Empereur ; c'est toi qui ramènera le nom de Napoléon." C'est oublier trop vite que Louis Napoléon avait un frère aîné, Napoléon-Louis et que d'ailleurs le Roi de Rome (Napoléon II) vivait encore et que c'était à lui, avant tout autre, à relever le flambeau Napoléonien.

Une éducation de prince

Ce que répétait Hortense à son fils, c'est qu'il appartenait à une race dont la France portait, au meilleur de sa chair, la marque profonde, qu'on n'est pas un Bonaparte sans que l'obligation vous soit imposée d'être digne de ce nom, "le plus haut qui ait été donné aux hommes". Il y a des choses qu'un Bonaparte, qu'un Napoléon ne doit pas faire, des gestes qui lui sont interdits, des mots qu'il n'a pas le droit de prononcer, des attitudes auxquelles il ne peut s'abaisser. Et aussi des souvenirs qu'il ne doit pas oublier, des mots d'ordre qui gardent, malgré le temps, toute leur valeur, toute leur urgenge.

Louis-Napoléon, faute de pouvoir vivre en France, pays interdit aux Bonaparte, vivait dans le demi-exil d'Arenenberg, parmi des récits et des souvenirs de gloire. Il avait le goût des choses militaires ; quand après son instruction dans l'armée suisse, il y prit du service en tant qu'officier d'artillerie, pensait-il à son oncle, dont la prodigieuse carrière avait commencé à Valence, par le tir du canon et la manoeuvre des batteries ? C'était en tout cas la façon la plus facile de lui ressembler.

Au moment ou Louis-Napoléon entre en scène, quelle est la situation de la famille Bonaparte ? Le frère ainé de l'Empereur, Joseph, est en Amérique, sa femme habite Florence, où réside également louis, le père de Louis-Napoléon, et Jérôme, l'ancien roi de Westphalie, avec ses enfants. Le reste de la famille, y compris Madame Mère, la vieille mère de Napoléon, reçoit l'hospitalité du Pape à Rome.

Louis-Napoléon ne peut rentrer en France, où les lois d'exil n'ont pas été abrogés par la révolution de Juillet (juillet1830), la chute des Bourbons et l'avènement de Louis-Philippe qui a, en 1832, expressément maintenu les rigueurs contre les autres dynasties.

Il est tout bouillant d'enthousiasme, pour la liberté, dont le souffle, en ces mois de 1830, soulève le monde. Justement, voici que les Romagnes, province appartenant à l'Eglise, se sont révoltées. Les deux fils de la Reine Hortence prennent les armes pour les causes de la liberté. Le fils ainé meurt de maladie pendant l'insurrection (1831). Du rang de cadet, Louis-Napoléon passe à celui d'ainé, de chef de famille. Presque en même temps arrive de Rome, la nouvelle de la mort de l'infortuné Roi de Rome, qui sous le nom dérisoire de duc de Reichstadt finit mélancoliquement un destinée mélancolique (1832).

La formation d'un prétendant

Par un caprice de la fortune, c'est à Louis-Napoléon qu'échoie le glorieux et périlleux héritage de l'idée impériale. Du coup, son caractère s'affirme, se précise, se murît, se fixe des objectifs déterminés pour le présent et pour l'avenir. Le jeune officier suisse, le partisan engagé dans une aventure plus ou moins révolutionnaire, se mue vite en un prince réfléchi, silencieux, conscient de ses possibilités et de sa mission. Il recoit beaucoup de gens à Arenenberg, où il s'est retiré après son équipée des Romagnes. Il interroge, il écoute, il réunit ses renseignements. Entre tous, il recherche le témoignage des nombreux survivants de l'Empire.

Sans qu'il en laisse rien paraitre, des projets se forment dans son esprit. Il peut en tout cas mesurer la résonance qu'à encore en France le nom de Napoléon. Il sait que dans les casernes, les vieux soldats racontent aux conscrits les histoires de l'épopée. L'Empereur est mort depuis 12 ans, et nombreux sont ceux pour qui il est encore vivant. Son nom peut soulever des enthousiasme, faire naitre des mouvements profonds insoupçonnés. En attendant que ces projets prennent corps, Louis-Napoléon s'attarde à d'aimables passe-temps et se fiance à sa jolie cousine Mathilde, fille du roi Jérôme. De tendres serments furent échangés. Parents et enfants se congratulaient à plein coeur. Mais la politique, qui est une mauvaise fée, vint se mettre en travers de cette légitime allégresse.

Première tentative de prise du pouvoir

Mathilde, repartie pour Florence préparer son mariage, y appris l'aventure tenté par son fiancé. A Strasbourg, où il s'était rendu secrètement, le prince Louis-Napoléon s'était fait prendre en flagrant délit de tentative de coup d'Etat, de provocation à la sédition militaire. Sans en parler à quiconque, sinon à quelques complices, le calme soupirant de Mathilde venait de se révéler un homme d'action, que les dificultés n'effrayaient pas et qui saurait passer de la théorie à la pratique si les circonstances l'exigeaient, fût-ce au mépris des lois existantes. Le parti bonapartiste avait désormais un chef, et qui savait ce qu'il voulait... Pour toute forme de punission on éloigne le jeune Bonaparte vers une jeune nation : les Etas-Unis d'Amérique. La mort de sa mère lui fournira l'argent nécessaire à la publication de son manifeste en 1839. La brochure, vendue à 500 000 exemplaires, sera traduite dans toutes les langues de l'Europe.

Seconde tentative et le fort de Ham

Il fait son retour en Europe et le prince mettra à profit l'impopularité croissante de la Monarchie de Juillet pour tenter un deuxième coup d'Etat en 1840. L'échec de cette affaire de Boulogne lui vaudra une condamnation à la réclusion perpétuelle dans la forteresse de Ham. Il y restera six années au cours desquelles il s'efforcera de présenter le bonapartisme comme le système "naturel" de la France. Persuadé de remporter les élections, il prônera le suffrage universel comme seul moyen de redonner ses droits au pays. Sa brochure "l'Extinction du paupérisme", publiée en 1840, lui apportera le soutien des socialistes modérés. Louis-Napoléon s'évadera de Ham en 1846 et s'installera à Londres. Il va renconter une belle et richissime anglaise, Miss Howard, il va avoir avec elle une liaison qui, assurément, comptera dans sa vie : elle va l'aider financièrement à conquérir les français. Quand son heure sera passée elle fera valoir ses droits auprès de Napoléon III qui la fera rentrer dans l'ombre en la remboursant très généreusement et en lui faisant donner le titre de Comtesse de Beauregard.
il reviendra à Paris lors de la révolution de février, afin d'obtenir la levée de sa proscription et de sa famille. Sur la demande pressante de Lamartine, chef du gouvernement provisoire de la République, il regagnera Londres le 2 mars. Certains anciens complices du prince libérés par la révolution, notamment Persigny, formeront un comité napoléonien, embryon du futur parti bonapartiste élyséen. Louis-Napoléon, qui ne sera pas candidat aux élections à l'Assemblée constituante en avril, obtiendra 4% des inscrits en Charente-Inférieure. Napoléon (Jérôme) Bonaparte, Pierre Bonaparte et Lucien Murat seront élus au cours de ce scrutin.

 

 

 
 



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